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Les home-stagers gomment les aspects trop personnels de la maison. Une activité qui peine à décoller (Anne Cagan/Cuej).
Les home-stagers gomment les aspects trop personnels de la maison. Une activité qui peine à décoller (Anne Cagan/Cuej).
Particulier vend maison-témoin
Pour vendre vite un logement, il faut parfois rendre l’intérieur plus neutre. Plusieurs personnes se sont lancées dans le créneau de la revalorisation d’appartement.

Le but du home-staging, « c’est de dépersonnaliser le bien immobi-lier », explique Tania Kocic, de l’agence Addict Immo. Venue tout droit du Canada et des Etats-Unis, en passant par les pays d’Europe du Nord, cette tendance arrive en France. En deux mots, il s’agit de faire de votre logement une sorte de maison-témoin, pour en accélérer la vente. Il est difficile de se projeter dans une maison vide, mais la décoration du home sweet home n’est pas toujours du goût des acheteurs.

Gommer les défauts

« Le point-phare, c’est le rangement », affirment Tania Kocic et sa collègue Nadia Wiedmann. Il faut souvent déplacer quelques meubles pour « optimiser l’espace et jouer avec les effets de lumière », repeindre les murs dans des teintes neutres et surtout enlever les objets trop personnels « qui n’intéressent pas l’acheteur ». Exit donc les nains de jardins, les photos de famille ou les coussins brodés.
Philippe Laguillez, architecte d’intérieur à Hoenheim et home-stager depuis quelques mois, avance la règle des R, élaborée au Québec : réparer, rafraîchir, réaménager, revaloriser, réduire, ranger. « Il ne s’agit pas de tricher et de masquer de véritables soucis, mais de gommer les défauts : une prise qui se détache du mur, des traces à l’emplacement des tableaux », détaille-t-il.
Chantal Sitterlin précise : « Nous ne sommes pas habilités à faire de vrais travaux. » Cette conseillère en gestion du patrimoine s’est lancée fin 2008. A ses yeux, ce sont les détails qui comptent : « Les odeurs, c’est important. On conseille souvent aux gens de mettre une tarte au four pendant les visites, pour que la maison sente bon. » Pour apprendre l’art de cette mise en scène, elle a suivi une formation auprès de Marie Goguet, la prêtresse française du relooking d’intérieur. Coût du stage de quatre jours : 1000 euros. Chantal Sitterlin a elle-même été approchée par plusieurs personnes souhaitant des conseils.

Coup de cœur

A Vendenheim, la famille Litzelmann a attendu le client providentiel pendant un an. « Les visiteurs ne savaient pas quoi faire de certaines pièces, il fallait leur attribuer une fonction, par exemple, les transformer en petit salon secondaire », explique Tania Kocic. L’adolescente de la maison a décroché ses posters du Racing et repeint les murs bleus de sa chambre en rose pâle ; la famille a débroussaillé le jardin, construit un escalier et enlevé les photos souvenirs. Ils ont vécu trois mois dans cette maison familiale devenue impersonnelle, non sans un certain sentiment de nostalgie et de désappropriation. Difficile en effet de considérer son chez-soi comme un produit. Au bout du compte, M. Litzelmann a pu vendre sa maison au prix qu’il espérait.
Pour Philippe Laguillez c’est un véritable atout de vente : « Un coup de cœur se produit dans les 90 premières secondes. Il faut donc soigner tout particulièrement l’aspect de son logement et notamment de l’entrée. Un acheteur séduit aura moins envie de débattre le prix que s’il remarque plein de petites imperfections. »
Edgar Schillo, professeur de marketing à l’Ecole de management de Strasbourg reste sceptique : « L’effet coup de cœur peut effectivement déclencher un achat, mais plutôt lorsqu’il s’agit d’un bibelot ou d’un vêtement », précise-t-il. Les acheteurs prennent d’autres paramètres en compte, comme la proximité des transports en commun, l’environnement, les commerces. « C’est un plus, mais l’élément déterminant reste le prix », ajoute-t-il. Les principaux intéressés confirment : ces critères ne seront d’aucune utilité si le bien est surestimé. Il s’agit de vendre plus vite et non plus cher.

Démarrage difficile

Tous ces nouveaux relookeurs de logements affirment que leur regard, extérieur et expert, offre bien plus qu’un peu de bon sens et d’ingéniosité. Un agent immobilier non formé ne pourrait pas formuler les mêmes conseils. Cependant, tous peinent à trouver des clients. « On en est aux balbutiements », regrette Chantal Sitterlin .
Le coût d’une prestation varie entre 1 et 2% du prix de vente de la maison. « Nos clients à Cronenbourg ont parfois déjà du mal à payer les diagnostics pour l’énergie et l’électricité obligatoires avant toute vente. Ils ne pourront pas se permettre cette prestation supplémentaire », explique l’assistante de direction d’une agence immobilière.
Philippe Laguillez reconnaît qu’il faut « un autre métier pour vivre ». Pour développer son activité de home-stager, il est en contact avec plusieurs agences immobilières qui cherchent à offrir ses services à leurs clients dans le cadre d’une prise en charge globale, et exclusive, de leur bien. C’est aussi cette formule qu’ont favorisée Tania Kocic et Nadia Wiedmann, puisque Addict Immo est d’abord une agence immobilière, qui propose comme « petit plus » ces conseils et réaménagements.
Reste à se démarquer des autres home-stageurs de Strasbourg… Au moins cinq personnes se sont lancées dans ce créneau depuis l’automne dernier.

Anne Cagan et Lisette Gries
   


 

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   Mercredi 10 Février, 2010   
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