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Dans le hangar de Sommer, les particuliers trouvent une large gamme de fruits exotiques
Dans le hangar de Sommer, les particuliers trouvent une large gamme de fruits exotiques
Produits frais pour lève-tôt
Chaque samedi matin, des habitants de la CUS viennent faire leurs courses au marché gare de Cronenbourg, théoriquement réservé aux professionnels.

Depuis 40 ans, la Société anonyme du marché d’intérêt national de Strasbourg (SAMINS), est une centrale d’achat pour les 1500 professionnels (restaurateurs, collectivités, commerces de détail), qui viennent s’approvisionner chez les grossistes. Mais comme dans tous les marchés français de ce type, la vente aux particuliers est tolérée.
A l’origine, seuls la viande et le poisson y étaient vendus. Première denrée, à hauteur de 43% des ventes, les fruits et légumes étaient très protégés afin de contrer la concurrence déloyale avec les épiciers. Peu à peu, ils ont fait une entrée officieuse très appréciée chez les particuliers.
24 grossistes se partagent les 14 hectares du marché, situé à Cronenbourg. A gauche de l’entrée, des semi-remorques attendent leur livraison devant des immenses entrepôts. A droite, le restaurant Au marché gare ouvre l’artère des magasins des sociétés.
Pour la viande et le poisson, le client se retrouve dans une boutique très achalandée, qui cache les réserves. En revanche, chez les grossistes de fruits et légumes, le particulier est directement confronté à l’univers du professionnel : chez Sommer, sur 340 m2, des cagettes multicolores s’empilent sur plusieurs niveaux.

Horaires stricts imposés

Seules six sociétés ouvrent leurs portes aux particuliers, notamment Rungiest et Soprolux pour la viande, le poisson et l’épicerie fine, et Sommer pour les fruits et légumes. Présents à partir de 4 heures, les grossistes imposent des heures fixes aux particuliers pour éviter de gêner les professionnels : de 7h30 à 9h la semaine et jusqu’à 11h le samedi.
Chez Rungiest, Soprolux, et la fromagerie Tourrette, la part des particuliers dans le chiffre d’affaires tourne autour de 10% sur l’ensemble de l’année.
En période normale, une cinquantaine de chalands franchissent quotidiennement la barrière des grossistes, essentiellement le vendredi et le samedi. En période de fêtes, « on ne voit plus la porte d’entrée pendant trois heures, on a à peu près 200 personnes par jour », témoigne Rolland Buch (Soprolux). Florence Dahlet (Rungiest) renchérit : « A Noël, on ouvre toute la journée, et on double notre nombre de factures avec les particuliers. »

En direct de Concarneau

La qualité des produits est le premier argument avancé par les vendeurs et les acheteurs. Marius Peuron, directeur de Soprolux, vante la fraîcheur de ses produits et leur origine française. Le poisson ultra frais est acheminé quotidiennement des petits ports bretons comme Concarneau.
Alors qu’il ne reste plus qu’une poissonnerie au centre-ville de Strasbourg (au 2, rue du Sanglier), le marché gare est donc l’endroit rêvé pour trouver des poissons du jour et parfois rares. Très appréciés également, les poissons pêchés à la ligne comme le bar sauvage, appelé loup de mer en Méditerranée, ou le cabillaud. Quant au foie gras, produit vedette, il arrive également tous les jours à Cronenbourg.
Le directeur de Rungiest présente la variété des marchandises comme un autre atout majeur. Marius Peuron se félicite, lui aussi, de la diversité de ses produits : « Au total 1000, sur plus de 30 pages de mon catalogue. » Michèle Sommer vend une dizaine de sortes d’oranges venues d’Espagne, du Maroc ou d’Italie, comme l’orange amère des marmelades.
La question des prix reste délicate. Les responsables des sociétés refusent d’annoncer la couleur, « une règle d’or » d’après le directeur de Rungiest : « Ce n’est pas notre premier argument », poursuit celui de Soprolux. Chez Rungiest, on admet juste majorer le prix des professionnels de 10 à 12%. Le marché gare peut donc apparaître comme un paradis, ou comme un piège : aucun prix n’est affiché. Bon marché les produits ? Pas vraiment. Selon Michèle Sommer, l’effet est d’abord « psychologique ».

Convivialité, raffinement et fantaisie

Le marché gare est surtout le rendez-vous des allergiques aux supermarchés. Selon eux, Cronenbourg, en dehors de l’évidente question de qualité, permet d’éviter la foule, de se garer près de la marchandise, de se fournir en grande quantité. « En une heure, basta ! », se réjouit Danielle Allouche, retraitée du marché gare, nostalgique de l’ambiance grossiste.
Huguette Hasenfratz, le nez dans les mandarines, apprécie la convivialité du marché gare : « On n’est pas anonyme, le vendeur sait ce qu'on veut, il sait ce qu'on aime. » Olivier Lienhard, un ami de Michèle Sommer, confirme : « On connaît nos produits, les origines, on donne des conseils de cuisine et de cuisson. »
Les entrepôts accueillent « plutôt des notables, selon Michèle Sommer, des médecins, avocats, notaires qui arrivent en belles voitures ». Pourtant, dans l’entrepôt de légumes, la clientèle est plus mixte, des familles populaires déambulent entre les cagettes.
Les amateurs de nouveautés peuvent aussi découvrir des produits insolites. Dans le panier découverte de Michèle Sommer, on trouve « le ugly, pamplemousse vert jamaïcain, ou les mangues thaïlandaises, inconnues de mes clients habitués à leurs cousines brésiliennes ».
Certains produits ont la cote, mais ils diffèrent selon les saisons. Pendant l’année, les particuliers viennent chercher des produits courants : viande, fruits et légumes, et fromages, avec pour certains des petites fantaisies, comme des huiles de noix ou de noisette. Pour les fêtes, c’est plutôt foie gras, huîtres et caviar d’Aquitaine. A Pâques, c’est agneau et cochon de lait.
Le marché gare est devenu une adresse incontournable pour les amateurs de courses sans stress et de qualité, à condition de se lever tôt et de prendre la voiture.
Raphaella Biry Vicente
Jean-Paul ONNIS
   
   
Le repas du marché
Pour un repas réussi avec un panier du marché gare, se lever tôt. Pour l’apéritif, découvrir La Belle Sandrine, un subtil mélange d’armagnac et de fruits de la passion, pour 11,36 euros. Passer chez Soprolux chercher du foie gras cru de canard à 28,50 euros le kilo pour le mitonner à la maison poêlé ou en terrine, accompagné d’un confit de thé violette (3,95 euros), confiture de chez Tourrette. Prendre quatre pigeonneaux crapaudine nature à 4,85 euros pièce, et les assaisonner de jus de truffe à 15,78 euros le flacon, l’accompagner d’un gratin de pommes de terre assaisonnées de macis (fleur de noix muscade) et d’une salade de pissenlits de chez Sommer à l’huile de pistache (9,95 euros). Comme vin, choisir un Grange aux Truffes, côtes du Ventoux, issu de vieilles vignes. Pour le fromage, opter pour un Brin d’amour corse à 23,68 euros le kilo et de la Rouelle du Tarn, chèvre à 5,98 euros pièce. Pour le dessert, une coupe de fruits : pamplemousse d’Israël (2,5 euros pièce), oranges Lulu d’Espagne, ananas. Pour les gourmands, des oreillettes, beignets secs à la fleur d’oranger (3,95 euros), accompagnées d’une mousse au chocolat, saupoudrée de fèves de Tonka, trempées dans du Rhum, originaires du Vénézuela.
Bon appétit !


 

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   Mercredi 10 Février, 2010   
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